Antonin Detemple —
antonin.detemple@gmail.com
Dσcs. PDF
Depuis quelques poignées d’années, la croyance dans les vertus du progrès a commencé à perdre pied, et se révèle de plus en plus manifestement obsolète. Elle qui faisait le charme local et un peu pompeux des sociétés occidentales se fige comme la femme de Loth, statufiée, cristalline, souvenir coupable d’un passé trop optimiste. Reste aujourd’hui à démêler le pouvoir des objets et ce qui en lui relève du charme, de l’aliénation, de la construction culturelle.

Pour Antonin Detemple, le parti est pris de ne pas trop modifier l’état des choses, mais simplement de les reproduire, de les transporter de leur contexte natif dans un autre. Dans les formes multiples qu’emprunte son travail — sculptures, installations, images fixes ou animées, éditions —, la logique veut que déplacer un sujet, ce soit déjà le faire évoluer. Bricoleur de fantaisie, il voit dans toute forme la preuve d’un mouvement historique et y perçoit des corrélations à démanteler. C’est comme si chacune de ses enquêtes visait à mettre en crise notre acception contemporaine de l’art, en la mettant en friction avec celle d’autres cultures.

Il se fait voyageur dans le temps, aventurier, archéologue d’atelier, pour rejouer des chocs de cultures à l’échelle de ce qui lui est manipulable. Antonin Detemple met aussi en balance l’objet manufacturé et son pendant industriel, le moulage, le réarrangement, la compilation, la remise en scène sont les modalités d’une quête où le processus prime sur la finalité. Il relativise les valeurs symbolique, marchande, technique et idéologique de ces productions. Il articule les étapes de la déconstruction de la notion fédératrice d’identité culturelle. Plutôt que de s’arrêter sur les problématiques qui apparaissent dans les confrontations qu’il met en jeu, il compose avec elles de nouvelles légendes.

L’espace narratif de ses œuvres se construit à l’intersection de plusieurs temporalités. La trame historique se contracte, les événements de différentes périodes se superposent en millefeuille de sens. Avec ces rapprochements, quelque chose est à démontrer, que ce soit au nom de la capacité à conclure ou au nom de la puissance d’argumenter. Chacune de ses œuvres obéit à un protocole de travail qui, visant l’expérimentation scientifique, dévie toujours vers l’expérience initiatique. Toujours, les démonstrations sont rattrapées par les lacunes et l’aléatoire. L’artiste qui se retrouve face au risque de l’échec revient in fine au cœur de l’intrigue.

Marilou Thiébault

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⁓Anémochorie Volet 1
Au Confort Mental
2021
Constatant des paradoxes qui lient d’une part les symboliques anciennes de la fleur coupée en Occident, et d’autre part son mode de production et de commercialisation actuel, j'ai cherché, avec la commissaire Fiona Vilmer, à former des assemblages sensibles pour identifier les enjeux d’un monde globalisé. La fleur se révèle ici dans toute son ambivalence ; elle exprime la violence de l’exploitation du vivant et la subtilité des émotions qu’elle suscite.
À partir d’une sélection de seize tableaux de natures mortes, il s’agit de faire revivre les bouquets de fleurs ayant servi de modèle. Avec le soucis de respecter les enjeux de la reconstitution, j'ai cherché à saisir et mettre en évidence les zones physiques et morales où l’actualisation opère. Ces mises à jour alimentent les réflexions autour du monde qui nous entoure et de l’usage que nous en faisons.

AnémochorieV1




⁓Anémochorie - Edition
2021
L'édition Anémochorie s'est construite en même temps que le Volet 1 et concentre une centaine d'images issues de recherches sensibles et formelles autour de la botanique, mais également autour des explorations coloniales, des découvertes scientifiques, des architectures utopistes, (...)
Elle se construit main dans la main avec officeabc et Sarah Vadé. Imprimée à 500 exemplaire, 370 sont reliées avec un texte de Fiona Vilmer en couverture. 130 exemplaires non reliés serviront à réaliser un herbier de 1300 planches à partir de végétaux récoltés sur le site de l'ancien Jardin Colonial des Plantes de Saint-Pierre, en Martinique, dans le cadre du Volet 2 d'Anémochorie.

Anémochorie edition




⁓Anémochorie Volet 2
À la Station Culturelle
2021
Si le premier volet s’intéresse en substance à la serre de culture comme lieu de production industrielle et commerciale de la fleur coupée dans le contexte du capitalisme, le second volet vient interroger l’utilisation de jardins d’acclimatation du XIXème siècle comme facteur de circulation du végétal, et comme outils d’appropriation de territoire par l’étude naturaliste. Focalisé sur l’ancien Jardin Colonial des Plantes de Saint-Pierre (Martinique) détruit lors de l’éruption de la Montagne Pelée de 1902, deux gestes sont à l’œuvres. Aujourd’hui recouvert par une épaisse forêt préservée de toute activité humaine depuis plus d’un siècle, un herbier est produit avec l’aide du Conservatoire de Botanique à partir des différentes plantes se trouvant sur les lieux. Herbier pourtant inachevé, puisqu’il reste entre le moment de prélèvement et le moment d’étude, il reste en suspend dans le temps. Le journal qui emballe les plantes n’est autre que l’ouvrage Anémochorie, basculant alors de fonction en devenant cocon du vivant. Epaulé par l’Inrap, un forage est également réalisé de sorte à extraire une carotte géologique révélant les différentes époques de ce sol, riche d’histoires. Histoire amérindienne, histoire coloniale et histoire contemporaine se succèdent sur une longueur de quatre mètres. Cette carotte est alors mise en culture, de sorte à en faire germer les graines restées en dormance. Avec ce geste, il s’agit d’offrir à la vie la possibilité de s’exprimer, de faire germer à ces différentes strates la possibilité d’une existence résiliante. Cela consiste à regarder ce qui est encore vivant dans le passé et ce que cela nous montre du présent.

AnémochorieV2



Les fragments
2019
Artefacts archéologiques de différentes époques et différents sites, et leur binôme en impression 3D.
Le logiciel de photogrammetrie est perturbé par l'envoie de 5 à 7 images de chaques objets (au lieu d'une centaine). Il se trouve alors obligé d'interpréter les parties manquantes, donnant lieu à des formes hybrides.

Les fragments



L'or des fous
2019
Batée, emballages de pièces en chocolat, voyage en Auvergne.
Vue de l'exposition Marcelle Alix Ouverte, 10 ans de la galerie.

L'or des fous



SPEC - Société de Production Éditoriale Contributive
Avec Liza Maignan
2017-2018
Affiche et système d'échange éditoriale basé sur le troc. Une affiche troquée contre un objet du choix de l'acquéreur.

SPEC & Liza Maignan



DNSEP
2016
Vue de l'installation du DNSEP dans les caves de l'IsdaT.

DNSEP1



Liza Maignan / SILO / BLVU
Faune, Alice Savoie / Cnap